Et Il N'Eut Pas de Fin. (Paperback or Softback)
Idioma: francés
Editorial: Authorhouse 3/31/2014, 2014
- Tapa blanda
- Nuevo

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Et Il N'Eut Pas de Fin.
N° de ref. del artículo BBS-9781491874875
- Título
- Et Il N'Eut Pas de Fin. (Paperback or Softback)
- Autor
- Dietch', J. Mairy
- Editorial
- Authorhouse 3/31/2014
- Año de publicación
- 2014
- Estado
- New
- Tipo de libro
- Book
- Encuadernación
- Paperback or Softback
- Idioma
- francés
- ISBN 10
- 1491874872
- ISBN 13
- 9781491874875
- Peso del artículo
- 1,01 libras
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Et Il N'eut Pas De Fin ...
By J. Mairy Dietch'AuthorHouse LLC
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Il était 6 heures du matin. Le jour se levait sur Ziguélé. Les dernières brumes se dissipaient et la nature s'éveillait.
Mayimouna Abou, encore ensommeillée, se tenait sur le pas de la porte de la maison familiale qui l'avait vue naître quinze années auparavant. Elle bâilla, fronça sa frimousse au teint clair et aux traits délicats. Puis elle s'étira dans un ample mouvement qui révéla des bras aux poignets fins ainsi que des jambes interminables. Légèrement arquées et très joliment galbées, celles-ci attiraient d'emblée l'attention : elles étaient magnifiques.
L'adolescente était d'une beauté subtile. Grande, mince, dotée d'une robuste poitrine, sa fine taille débouchait sur un bassin de bonnes proportions par une harmonieuse cambrure. Malgré son jeune âge, elle augurait déjà une superbe femme africaine.
Mayimouna était l'aînée de cinq enfants ; ses cadets, Sarah, Solène, Henri et Hector, avaient suivi au rythme incroyable d'un tous les dix mois. Maurice, leur père, très heureux de sa naissance, s'était néanmoins dépêché de se remettre à l'oeuvre car il était pressé d'avoir des garçons. Dans sa culture, ceux-ci étaient un signe de vitalité et de prospérité : les plantations de cacao et de café bénéficiaient d'une main-d'oeuvre d'autant plus importante qu'il y avait de mâles dans la famille. C'est donc avec déception, puis inquiétude, qu'il avait accueilli la venue au monde successive de deux autres filles. Mais, lorsque la quatrième fois Helena lui donna enfin un garçon, il se montra encore plus entreprenant, avec la ferme intention de prendre avantage de la chance qui semblait lui sourire. Il eut raison : son deuxième fils naquit, l'emplissant d'une grande joie, d'un bonheur ineffable ...
Contrairement à ce qu'on pouvait imaginer, Maurice ne faisait aucune différence entre ses garçons et ses filles. Il les chérissait tous et leur donnait la même éducation, fondée sur l'honnêteté, le travail, la justice et la générosité. La foi y tenait aussi une bonne place ; il menait sa famille à l'église du village tous les dimanches.
Affectueux et attentionné, il donnait régulièrement le bain à ses enfants. Souvent aussi il les portait sur ses épaules pour dévaler les rues du village en courant, en sautant ou galopant, ce qui suscitait les regards amusés des passants. Il n'était pas non plus rare qu'il prenne sa femme par la main pour une promenade à la tombée de la nuit, ou qu'il l'enlace en public pour un baiser furtif. Ces manifestations de tendresse provoquaient de la surprise, voire de la gêne, au milieu de ce peuple dont les habitudes amoureuses étaient nettement plus discrètes. Mais Helena et Maurice s'en moquaient.
D'une même nature joyeuse, ils se taquinaient gentiment et comblaient leurs enfants d'un amour profond. Alors, leur maison vibrait d'une belle harmonie et résonnait constamment de leurs fous-rires.
Malheureusement, ce bonheur idyllique s'arrêta abruptement : un beau matin de juillet, Maurice s'éteignit sans crier gare, foudroyé par un accident cardio-vasculaire, alors que Mayimouna n'avait que sept ans.
Elle était encore une toute petite fille mais le souvenir de son père gisant sur le sol tandis que sa mère, par des cris désespérés, appelait le voisinage à l'aide était resté à jamais gravé dans sa mémoire. Les voisins avaient accouru, son père avait été transporté à l'hôpital, mais c'est toute seule que sa mère était revenue quelques heures plus tard ; seule, sans son mari, sans ce père exceptionnel, sans cet homme qu'elle avait aimé de toute son âme.
Qu'adviendrait-il d'eux? A cette pensée, Helena avait poussé un cri strident, qui semblait sortir du plus profond de ses entrailles. Elle avait pleuré, psalmodié, dit des paroles incohérentes, interpellé les uns et les autres, leur demandant ce qu'ils avaient fait de son mari. Hélas, nul ne pouvait lui répondre. Elle avait pleuré et pleuré encore, sa douleur était telle qu'aucun mot n'aurait su la traduire.
Dans un moment d'apaisement, par des mots confus, elle avait fait comprendre à Mayimouna qu'ils ne reverraient plus jamais leur père. Alors, instinctivement, cette dernière avait rassemblé ses cadets auprès de leur génitrice et tous, dans une sorte d'union sacrée, l'avaient entourée de leurs petits bras, lui caressant le front, les joues, ou ses cheveux désormais en bataille sur son crâne.
Ce spectacle avait bouleversé les villageois, qui avaient eux aussi éclaté en larmes : ils pleuraient sur ce couple unique parmi eux, sur ce père de famille exemplaire, sur ces enfants dont ils se demandaient comment ils supporteraient l'absence de l'être merveilleux qui venait de les quitter.
Mayimouna avait immédiatement compris qu'elle avait un rôle important à jouer maintenant que son papa était parti : en tant qu'aînée il lui incombait de faire le maximum afin que ses frères et soeurs souffrent le moins possible. Elle avait réalisé qu'elle devait grandir, grandir dans tous les sens du terme.
— Mayi, à quelle heure vas-tu faire le ménage? Et tes frères, quand comptes-tu les préparer pour l'école? Ils seront en retard! Tu sais bien qu'aujourd'hui c'est le jour du marché ; je n'ai pas de temps à perdre si je veux attraper les meilleurs clients de la journée! lui dit sa mère.
— J'y vais, Ma'a.
Elle descendit prestement les marches qui la séparaient de la cuisine, s'empara du balai, nettoya toute la maison, y mit de l'ordre avant d'apprêter Hector et Henri qu'elle mit sur le chemin de l'école. Enfin seulement, elle put prendre sa douche, enfiler son uniforme, puis courir au collège du village où elle était en classe de quatrième.
Toujours très propre et coquette, elle apportait un soin particulier à sa tenue vestimentaire. Elle agrémentait souvent son épaisse chevelure d'une fleur ou d'un ruban coloré. Elle était toujours la première à dire bonjour à ses camarades, au personnel administratif et aux professeurs. Pour cette raison, elle était appréciée de tous.
Très assidue, elle ne manquait jamais un cours, quels que soient les imprévus auxquels elle pouvait être confrontée à la maison. Depuis la mort de son père, sa mère se dédiait exclusivement au travail, de manière à se procurer les ressources nécessaires à la subsistance et à l'éducation de ses cinq enfants.
Chaque jour, réveillée aux aurores, Helena rassemblait les produits de son champ et les déposait chez une amie qui voulait bien les vendre pour elle au marché. Puis elle se rendait à son emploi de ménagère dans une petite ville proche de Ziguélé. Ensuite elle ralliait au pas de course l'autre extrémité de la ville, où elle était embauchée comme blanchisseuse. A peine avait-elle fini de repasser la dernière chemise, qu'il était juste temps de se hâter à dix bornes de là afin de préparer le dîner d'une famille aisée du coin. Enfin, sur le chemin du retour, elle s'arrêtait chez son amie et récupérait les gains de la journée. Bien entendu, ceux-ci étaient immédiatement absorbés par les besoins de la famille.
Le résultat de tout ceci était qu'Helena était épuisée, mais même le week-end elle ne pouvait s'accorder le moindre repos. Elle s'occupait des plantations, dont les récoltes étaient destinées à nourrir sa progéniture et à être vendues dans les marchés périodiques de Ziguélé ou des environs : en un jour, elle y gagnait l'équivalent de deux semaines de marché ordinaire. Alors, elle travaillait encore et toujours plus dur. Ses enfants avaient besoin de nourriture, de vêtements et d'éducation. Elle se rappelait que c'était le voeu le plus cher de Maurice. À maintes reprises, il lui avait dit que l'éducation était le moyen le plus sûr de gagner la liberté et le bien-être. En sa mémoire aussi, elle conduisait ses enfants à la messe le dimanche, comme Maurice l'avait fait chaque dimanche de sa vie.
Parfois durant le sermon, Mayimouna la surprenait en train d'écraser une larme lorsque l'officiant parlait d'amour, de mariage, d'espoir. Sa mère avait eu le plus aimant, le plus beau et le plus merveilleux des maris dans le village. Quand Mayimouna voyait ces larmes, elle savait que jamais sa mère ne se remarierait.
Celle-ci n'était plus que l'ombre d'elle-même. La belle jeune femme qu'elle avait été avait complètement disparu et, année après année, elle s'était progressivement amaigrie. Elle paraissait à présent dix à quinze années de plus que ses quarante ans.
« Pauvre maman! » pensa-t-elle, tandis que sa gorge se nouait de chagrin.
Son esprit s'envola vers les belles et riches dames d'Agafo, la capitale, qui débarquaient une fois tous les six mois dans son village à bord de grosses cylindrées, les unes plus rutilantes que les autres. Celles-ci étaient pilotées par elles-mêmes avec des airs de conquérantes, ou par des chauffeurs portant des gants de cuir sous une température de 35 °C à l'ombre. Les élégantes dames, lunettes de soleil sur le nez, étaient alors calées à l'arrière de leurs véhicules. Elles venaient distribuer des vivres, des fournitures scolaires, du matériel agricole ou des semences. Elles menaient aussi des campagnes de vaccination et de dépistage de maladies dont le sida, qui faisait désormais des ravages parmi les jeunes. Le développement agricole et artisanal et l'information quant aux conséquences de la déforestation abusive faisaient également partie de leur programme.
Mayimouna les admirait et appréciait leurs actions. Malgré son jeune âge, elle était capable de distinguer le folklore de l'essentiel qui, en l'occurrence, était leur altruisme et leur générosité, ainsi que la prise de conscience qu'elles suscitaient. Grâce à elles, les villageois comprenaient que l'éducation était à même de vaincre la pauvreté et la déchéance morale des jeunes.
Les idées mises en avant par les extravagantes citadines étaient relatives à l'éducation et à la générosité et, réfléchissant à tout cela alors qu'elle était assise dans l'église, elle ne put s'empêcher de penser à son père, qui défendait des valeurs identiques et les avait enseignées à ses enfants.
Ces souvenirs, tout en lui donnant un motif supplémentaire de se battre contre l'adversité, renforcèrent sa détermination. Comme ces dames, elle réussirait ; comme elles, elle aurait argent, grosses cylindrées, et mieux encore! Comme elles, elle prendrait soin des autres, à commencer par sa mère, ses frères et ses soeurs. Oui, elle deviendrait tout ce qu'elles étaient, aurait tout ce qu'elles avaient et ferait tout ce qu'elles faisaient. Elle agirait pour la mémoire de son père et pour elle-même, la petite villageoise de Ziguélé! Et elle savait que pour y parvenir, elle devait travailler à l'école avec acharnement!
En classe, elle était la plus attentive des élèves ; elle posait des questions chaque fois que quelque chose lui échappait. Cela énervait ses camarades, qui trouvaient qu'elle en faisait un peu trop, mais elle n'en avait cure. Son ambition grandissait de jour en jour. Elle voulait se donner les moyens d'atteindre son but, avec ou sans l'approbation de ses pairs.
De retour à la maison, elle s'empressait de préparer le dîner et d'aider ses cadets dans leurs devoirs. Après quoi elle se plongeait dans ses livres, qu'elle ne quittait que très tard dans la nuit, alors que la maisonnée dormait depuis longtemps déjà. Parfois sa mère, voyant un rai de lumière sous sa porte, allait à pas feutrés dans le séjour familial où Mayimouna feuilletait les pages d'un livre et gribouillait par-ci par-là sur des feuilles de différentes couleurs. S'approchant d'elle, elle lui disait :
— Mayi, il est très tard, ne penses-tu pas qu'il faille aller te coucher maintenant? Tu continueras demain, d'accord? Mayimouna la serrait alors dans ses bras.
— Oui Ma'a, je continuerai demain. Bonne nuit, Ma'a!
Dormir si tard ne l'empêchait cependant pas d'être la première levée le matin. Elle avait décidé qu'il en serait ainsi jusqu'à ce qu'elle atteigne son but.
Cette année-là, elle passa brillamment en classe de troisième et celle d'après, tout en demeurant très responsable vis-à-vis de ses cadets, elle obtint son brevet et son admission en classe de seconde avec le même brio. Ses notes exceptionnelles dans l'ensemble des matières auraient pu lui permettre de s'orienter tant vers des études littéraires que scientifiques.
Ses professeurs ne tarissaient pas d'éloges à son endroit, non seulement à cause de son travail, mais aussi du fait des qualités humaines dont elle faisait preuve et l'incomparable respect qu'elle montrait à chacun. Elle était une personne simplement admirable. C'est donc avec le plus grand bonheur que la jeune fille entama ses vacances, pour un repos bien mérité.
Trois semaines avant la fin de celles-ci, M. Joseph Kano, le directeur du collège qu'elle fréquentait, convoqua sa mère à son bureau. Perplexes, elles se demandèrent quel pouvait être l'objet d'une convocation en pleines vacances scolaires. Elles n'en avaient jamais entendu parler! Elles se dirent que ceci ne présageait rien de bon. De quoi s'agissait-il? Une note éliminatoire ayant échappé aux correcteurs? Dans ce cas, son diplôme lui serait retiré, pensèrent-elles horrifiées.
La nuit précédant le rendez-vous, elles ne purent dormir. Helena se rendit au bureau du directeur rongée par l'inquiétude. Chemin faisant, elle récitait des prières au doux Jésus et à la Vierge Marie, en se demandant comment elle annoncerait l'éventuelle mauvaise nouvelle à sa fille. Elle savait qu'elle n'en aurait pas la force, dévastée qu'elle serait de voir les efforts de cette dernière réduits à néant. Concentrée dans ses litanies, elle marchait machinalement, regardant les gens sans les voir. Beaucoup de ceux qu'elle croisa ce matin-là furent surpris de constater que la triste mais néanmoins très polie veuve ne répondait pas à leurs salutations.
A l'entrée du collège, elle se heurta presque au directeur qu'elle n'avait pas vu non plus ; elle n'avait même pas réalisé qu'elle était arrivée à destination! Il l'esquiva de justesse.
— Bonjour MadameAbou, comment allez-vous? demanda-t-il avec une pointe d'inquiétude dans la voix. Elle resta silencieuse, le regard dans le vague.
— MadameAbou, vous sentez-vous bien? Quelque chose ne va pas?
— Pardonnez-moi, Monsieur le directeur. Je me porte très bien, merci. J'étais juste un peu distraite.
« Quel euphémisme! Elle vient de se comporter comme une somnambule et elle appelle cela de la distraction! » pensa M. Kano. Mais il décida de ne pas s'attarder davantage sur les états d'âme de sa visiteuse ; il avait hâte de lui communiquer l'information qu'il lui réservait. Cependant Helena était encore plus pressée de connaître le motif de cette damnée convocation qui leur avait ôté la paix alors que ses enfants et elle savouraient leurs plus belles vacances depuis le décès de son mari.
— Pourquoi m'avez-vous fait venir, Monsieur le directeur? Je préfère vous le dire tout de suite : s'il s'agit d'une mauvaise nouvelle, vous devrez vous-même en faire part à ma fille car moi, j'en serai absolument incapable! dit-elle sans aménité ni préambules.
M. Kano était très étonné de la tension qui se dégageait d'elle. Son visage était fermé et ses yeux trahissaient sa nuit sans sommeil. Il ne comprenait pas pourquoi la mère d'une élève aussi brillante que Mayimouna paraissait à ce point triste et préoccupée. Pour quelle raison s'imaginait-elle qu'il était question d'une chose négative?
— S'il vous plaît, MadameAbou, détendez-vous! Voulez-vous boire quelque chose? De l'eau, un jus d'orange?
— Rien du tout! l'interrompit-elle. Je suis ici, Monsieur le directeur, non dans le but de boire mais afin de répondre à votre invitation à me présenter en vos bureaux. Après ces mots martelés sur un ton sans réplique, Joseph Kano réalisa qu'il avait intérêt à se dépêcher encore plus qu'il ne l'avait envisagé.
— Madame Abou, Mayimouna a obtenu une bourse du ministère de l'Éducation nationale pour sa classe de seconde. Tous ses livres et cahiers, ainsi que trois uniformes lui seront fournis gratuitement. En outre, elle percevra chaque trimestre la somme de trente mille francs CFA.
Helena secoua vigoureusement la tête, se frotta les yeux et se pinça sans complaisance le bras afin de s'assurer qu'elle ne rêvait pas.
— Pardon Monsieur le directeur, qu'avez-vous dit?
Scrutant sa réaction, ce dernier répéta lentement ce qu'il venait de lui dévoiler. Après quelques minutes de silence, elle bondit de son siège, fit plusieurs sauts au plafond avant de l'enlacer et de lui plaquer un baiser sonore sur la bouche!
(Continues...)
Excerpted from Et Il N'eut Pas De Fin ... by J. Mairy Dietch'. Copyright © 2014 J. Mairy Dietch'. Excerpted by permission of AuthorHouse LLC.
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